Lenny Michanol, rêver grand
Lenny Michanol (acteur) © Jean-Albert Coopmann
Lenny Michanol, rêver grand
Pour Lenny Michanol, 18 ans, le cinéma appartenait à un autre monde. Un monde que l’on observe de loin, sur écran géant, avec sa bande de copains. « C’est difficile de rêver grand lorsque l’on est un jeune martiniquais », confie-t-il. « Tout paraît trop lointain, trop inatteignable. » Et pourtant, en juillet 2024, au détour d’un passe-temps trouvé durant les grandes vacances, sa vision du monde – et de lui-même – a basculé.
Un mois de formation cinéma, proposé par la Mission locale du Nord, a suffi pour le transformer, le révéler. « J’ai travaillé la diction, la position face caméra et le jeu des émotions. J’y ai pris du plaisir instantanément. » Par chance, Jean-Michel Loutoby, directeur de la Mission locale, avait un projet de long-métrage avec une quarantaine de jeunes : Les Fractures invisibles. Un film projeté, en 2025, dans de nombreux festivals français et étrangers et dans lequel Lenny joue le rôle principal : celui de Dylan, 19 ans, jeune antillais vivant sous la pression constante d’un père autoritaire.
« Le tournage s’est déroulé très rapidement, en 15 jours à peine. J’en garde un souvenir extraordinaire. Malgré la difficulté, je me sentais heureux et boosté par une énergie folle. J’ai aussi fait des rencontres marquantes, notamment celle d’Axelle René, Miss Martinique 2022, qui joue Léa, le rôle de ma petite sœur. »
Et le meilleur reste à venir, puisque le film remporte huit prix au total, dont deux du meilleur acteur qui lui sont décernés lors du Chelsea Film Festival à New York et de l’Art Film Spirit Awards au Canada.
Une opportunité à Los Angeles
En juin 2025, il obtient son bac STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable), mais son désir de devenir conducteur de travaux s’est considérablement estompé : « J’ai compris que c’était possible. Possible de rêver. Possible d’oser. J’ai donc décidé de tenter ma chance en tant qu’acteur. » Son rêve le plus fou ? Jouer dans un film Marvel, symbole du cinéma mondial qui traverse les langues et les cultures. Côté acteurs, Lenny admire depuis toujours l’Américain Kevin Hart et, depuis peu, le jeune Martin Bobb-Semple qu’il juge prometteur, proche de ce qu’il aimerait devenir.
Cette envie d’aller plus loin le conduit d’abord à Paris pour un stage d’une semaine au Cours Florent, célèbre école de théâtre, de cinéma, de musique et de comédie musicale. Il est admis pour y faire trois ans d’études dès septembre 2026. Qu’à cela ne tienne, une autre opportunité s’offre à lui, bien plus attrayante : celle d’intégrer une école de cinéma en Californie. « Lors du festival Chelsea à New York, j’ai été repéré par l’école Michelle Danner Acting Studio basée à Los Angeles. J’espère y entrer en 2028, car je pense que cette formation m’ouvrira davantage de portes. » Pour Lenny, pas question de s’envoler pour les États-Unis sans être parfaitement préparé. Il suit des cours de théâtre et d’anglais en Martinique tout en souhaitant participer localement à de nouveaux projets. Soutenu par sa maman, il se prépare donc avec rigueur, mais sans naïveté et surtout sans peur. Plus tard, s’il réussit, il aimerait contribuer au développement du cinéma antillais, créer, transmettre et prouver que les histoires d’ici intéressent le monde.
Comment t’imagines-tu dans 20 ans ?
« Dans 20 ans, j’aimerais avoir construit une carrière internationale dans le cinéma et être un modèle inspirant pour de jeunes talents martiniquais en les accompagnant concrètement dans leur parcours. »