Océane Saïbou, explorer le champ des possibles

© Tom Menetrey
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Océane Saïbou, explorer le champ des possibles

Floriane Jean-Gilles

Océane Saïbou : « Je pense que j’ai grandi dans une famille plutôt moderne, j’avais le droit d’avoir de l’ambition et j’étais encouragée à être indépendante. J’aime le fait d’avoir eu l’espace d’aimer ce que je voulais, je n’étais pas bridée. On m’a laissé l’opportunité de rêver, j’avais le droit. Et je crois qu’on n’a pas tous cette liberté-là. Je me sens chanceuse d’avoir grandi dans cette atmosphère. J’ai quitté la Guyane pour faire deux années de BTS en diététique ; ma 2e année a été bouleversée par l’épidémie de Covid-19. À ce moment-là : grosse remise en question ! Je ne savais plus du tout ce que je voulais faire et le doute était décuplé parce que, quand on part étudier dans l’Hexagone, on subit cette pression de réussite, surtout quand il y a des enjeux financiers. J’ai fait mon choix de réorientation après le confinement : une double licence en biologie et en informatique, à l’université Paris-Saclay. J’ai poursuivi avec un master en bio-informatique.

Aujourd’hui, j’occupe un poste d’ingénieure à l’Institut Curie, à Orsay. Participer à la recherche me convient, c’est l’ambition que j’ai en tout cas. Une carrière à l’Institut Curie me plairait, mais j’aimerais aussi voyager, travailler à l’étranger, mon corps de métier me permet de le faire. Même si je garde dans un coin de ma tête l’idée de rentrer au pays, je crois qu’il ne faut pas se sentir coupable de s’épanouir ailleurs. J’ai envie de prendre ce qui s’offre à moi ici, ou à l’international, pour mieux revenir chez moi et participer à l’enrichissement de l’offre de formations comme professeure, pourquoi pas ! En tout cas, j’aimerais beaucoup faire partie d’un projet qui permette d’ouvrir des branches, des débouchés et des portes aux jeunes. C’est un gros frein, en Guyane ou dans les Antilles ; le peu d’offres de formations atrophie la volonté et l’ambition des jeunes.

Je considère comme normal de prétendre à un certain poste ou à un certain statut tant qu’on a la volonté, mais tout le monde n’a pas les moyens de partir pour faire des études. C’est une clef pour redonner confiance aux jeunes de proposer différentes options, dans un maximum de domaines. Je souhaite contribuer à dédramatiser tout ce qui touche à la reconversion et la réorientation. Je pense qu’on a trop peur et qu’on dépend trop de notre travail pour oser. Ça nous empêche parfois de faire ce qu’on aime. Pouvoir, sans remords, se réorienter, essayer, échouer, changer, expérimenter, autant qu’on en a envie, serait formidable. Je me dis que si demain j’ai des enfants, j’aimerais qu’ils n’aient pas honte de se tromper, de choisir différents chemins. Car la vie, ce n’est pas juste choisir un travail, ce n’est plus actuel de penser ainsi. Voyons plus loin, plus large, faire ce qu’on aime, c’est ça la liberté ! »

Quel est ton rêve réaliste ?

« Avoir mon propre restaurant. J’ai toujours aimé cuisiner ; on est de grands cuisiniers dans ma famille. Je sais que je réaliserai ce rêve plus tard, c’est une question de temps. »