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Dossier nautisme : race for Water, odyssée

race for Water

« Nous avons pris une sacrée claque ! », se souvient Franck David, responsable opérationnel de Race for Water Odyssée. C’était en 2015, une première expédition dressait une photographie alarmante de la pollution plastique des océans. De 2017 à 2021, Race for Water Odyssée va plus loin et démontre l’existence de solutions concrètes pour la préservation des océans. Son ambassadeur : un navire révolutionnaire fonctionnant à 100% avec des énergies propres qui fera escale en Guadeloupe d’octobre à décembre prochain.

Par Julie Clerc

En 2015, un premier programme scientifique mis sur pied par la Fondation Race for Water part à l’assaut des vortex, les fameuses gyres océaniques où les courants concentrent d’énormes quantités de déchets. Les résultats de l’étude sont hallucinants. La masse de plastique (macro et micro particules) y est six fois plus élevée que celle du plancton. A ce rythme, d’ici 2050 nos océans devraient contenir plus de plastique… que de poissons.

Témoin impuissant du désastre qui touche les océans – qui sont pourtant les acteurs principaux de notre biosphère – l’équipe de Race for Water Odyssée prend effectivement une claque magistrale. Ainsi galvanisée, elle met sur pied une seconde expédition : en 2017, place à la mobilisation. Il lui faut une monture exemplaire, capable de sillonner le globe en défendant concrètement ses valeurs. Un catamaran solaire (35 m de long par 23 de large) devient révolutionnaire entre les mains de la team Race for Water : pour le propulser, point de fioul nauséabond. A bord, c’est 100% énergies renouvelables : solaire, vent et hydrogène. 500 m2 de panneaux solaires, une aile de kite et 200 kg d’hydrogène produit in situ à partir d’eau de mer assurent au navire de 100 tonnes une honorable vitesse moyenne de 5 nœuds. Quand on sait que la seule voile de kite de 40 m2 suffit à tracter le navire à la même vitesse, on se demande au passage pourquoi les innombrables cargos qui sillonnent la planète n’utilisent pas systématiquement les voiles de kite de 180m2 mise au point pour eux par l’entreprise SkySails yacht.

Premier objectif de l’Odyssée : accélérer la transition énergétique en interpellant décideurs et grand public sur les territoires où elle fait escale, dont Bermudes et Caraïbes entre juin et décembre 2017. Rappelons que les îles, au premier rang desquelles la Guadeloupe, sont dépendantes des énergies fossiles. C’est grâce au fioul acheminé à grand frais par tankers qu’elles produisent la grande majorité de leur électricité. « Le navire Race for Water, fonctionnant aux énergies du soleil, de l’eau et du vent, est un modèle de transition énergétique pour les îles qui disposent de ces mêmes ressources naturelles », explique Marco Simeoni, président de la Fondation Race for Water. Ne rêve-t-on pas, en effet, d’éoliennes off shore et de panneaux solaires sur les toitures des supermarchés et entrepôts pour faire fondre l’empreinte carbone de notre archipel si abondamment baigné de soleil et d’alizés ?

Second objectif : promouvoir une technologie capable de transformer les déchets plastiques en ressources énergétiques. La recette? Empêcher que les déchets plastiques n’atteignent les océans en les valorisant – comme l’aluminium ou le verre – pour que des collecteurs soient financièrement intéressés par leur collecte. En collaboration avec l’industriel ETIA, les ingénieurs de Race for Water ont inventé une technologie qui transforme les plastiques en fin de vie en énergie renouvelable (gaz de synthèse), via un procédé de pyrolyse à haute température, avec seulement 20% de résidus solides et liquides. Révolutionnaire non ?

Troisième objectif : contribuer à la recherche scientifique. Accueillant du matériel ad hoc (laboratoires sec et humide, équipements électroniques, etc.) et une surface de 90 m2 dédiée à la science, Race for Water embarque des équipes de 5 à 7 chercheurs internationaux. Dans les eaux caribéennes, avec le programme EPHEMARE, l’Odyssée doit étudier les effets éco-toxicologiques des micro-plastiques sur les écosystèmes marins.

Des workshops rassemblant scientifiques, décideurs politiques et acteurs locaux sont organisés à chaque escale. Leur but : trouver des solutions concrètes et environnementales pour vaincre la pollution plastique et gérer ces déchets, et aussi optimiser le mix énergétique du territoire.

Visiter ce fascinant navire et découvrir son exposition pédagogique vous tente n’est-ce pas ? Rendez-vous à bord en octobre !

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