IGUAVIE : une nouvelle étape pour l’élevage

Elie Shitalou, ancien Secrétaire général de l’Iguavie et Alain Bazir, nouveau Secrétaire général de l’Iguavie - Credit Photo Lou Denim|||
Sarah Balay

À la tête de l’IGUAVIE depuis sa création, Elie Shitalou partira à la retraite le 1er juillet prochain. Il cède la place à Alain Bazir désireux d’apporter un vent de fraîcheur à cette interprofession devenue essentielle aux acteurs de la viande et de l’élevage.

Texte Sarah Balay – Photo Lou Denim

Il est important de redéfinir le cahier des charges qui décrit notre production locale en termes de qualité, de typologie d’élevage et d’agriculture durable.

Alain Bazir, nouveau Secrétaire général de l’Iguavie

Quel bilan tirez-vous de vos dix-sept années aux commandes de l’Iguavie ?

Elie Shitalou, ancien Secrétaire général de l’Iguavie : Le bilan est plutôt positif. Nous sommes fiers du travail accompli, par nos équipes et nos éleveurs, pour faire évoluer positivement la production. Nous avons les ressources pour nous relancer mais, nous n’avons pas toujours les moyens de nos ambitions. Nos organisations de producteurs ont des cycles de vie de dix ans ; nous en sommes à la 3ème génération de groupements. Les idées sont là, les moyens financiers aussi, mais nous avons du mal à décoller en termes de développement. En fait, nous faisons du développement mais sans vision partagée. Nous avons des organismes de recherche mais pas de vulgarisation qui permettraient aux professionnels d’acquérir de nouvelles techniques et devenir de vrais professionnels. Nous accusons donc un certain retard, qui j’espère se comblera dans le temps avec l’arrivée de nouvelles générations. Notre objectif est de tendre vers la souveraineté alimentaire. Pour cela, le nombre d’éleveurs doit encore progresser pour davantage de production, donc de richesse produite localement.

Iguavie
Elie Shitalou, ancien Secrétaire général de l’Iguavie – Credit Photo Lou Denim

L’autonomie alimentaire peut-elle justement être envisagée sur un territoire comme le nôtre, dont les surfaces sont limitées ?

E.S. : Il ne s’agit pas d’un problème de surface ni de production, mais de disponibilité du marché à pouvoir absorber cette production locale. La société a malheureusement été habituée à consommer des produits importés peu chers et souvent de qualité médiocre qui ne sont pas vendus sur les lieux de production d’origine. Une tendance qui s’est accrue depuis le passage du cyclone Hugo en 1989. Faute de production post catastrophe, les gros hypermarchés se sont installés et les importations ont surpassé la production locale. À titre d’exemple, la Guadeloupe produit aujourd’hui cinq tonnes de poulet par semaine alors que la consommation atteint les 250 tonnes. Ce n’est pas une fatalité ! Il est possible pour notre territoire de répondre à la demande, mais encore faut-il que le marché soit en mesure d’absorber notre production locale. Nous devons impérativement construire un dialogue avec les distributeurs et les bouchers du territoire pour changer la donne. Sans oublier la communication avec le consommateur qui doit cesser de croire que tout ce qui est produit localement est mauvais ou « moins bon ». Consommer local, c’est vital pour les éleveurs, pour le développement économique de notre pays et bien entendu pour notre santé à tous.

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L’arrivée d’un nouvel homme aux commandes est-elle l’occasion d’impulser de vrais changements ?

Alain Bazir, nouveau Secrétaire général de l’Iguavie : En effet, nous allons passer à une autre étape. Il s’agit de pouvoir répondre aux évolutions des demandes du marché. Mon expérience et mon expertise dans les domaines du développement, du commerce vont me permettre d’accompagner nos adhérents afin d’impulser de vrais changements dans les modes de réponses aux problématiques des filières. Aujourd’hui, les supermarchés veulent davantage de diversité dans l’offre : du bio, de la volaille élevée en plein air, de nouvelles productions, etc. Il y a aussi de la place pour l’installation de jeunes professionnels avec de nouveaux projets. Il est également important de redéfinir le cahier des charges qui décrit notre production locale en termes de qualité, de typologie d’élevage et d’agriculture durable.

Iguavie
Alain Bazir, nouveau Secrétaire général de l’Iguavie – Credit Photo Lou Denim

Quelles sont vos priorités pour les cinq prochaines années ?

A.B. : Notre ambition est de tendre vers la souveraineté alimentaire. Pour cela, nous devons continuer à accompagner l’ensemble des filières et à sensibiliser le grand public. Nous misons sur une augmentation du taux de pénétration de la production locale aussi bien en quantité qu’en qualité. Nous avons des axes à déployer du côté des éleveurs et des distributeurs. Il s’agira de développer en priorité les filières volailles (taux de pénétration actuelle 15 %), porcine (30 %) et bovine (25 %) qui représentent les animaux les plus consommés. Par exemple, nous espérons multiplier par deux la production actuelle de poulet : de 4 000 volailles abattues par semaine à 10 000 d’ici à 2026. Je suis confiant et d’un naturel plutôt optimiste. Je sens que nos interlocuteurs ont envie de s’impliquer et ont une véritable passion pour l’élevage. Beaucoup de jeunes sont motivés également.

La société a malheureusement été habituée à consommer des produits importés peu chers et souvent de qualité médiocre

Elie Shitalou, ancien Secrétaire général de l’Iguavie et Alain Bazir, nouveau Secrétaire général de l’Iguavie

Iguavie : une dynamique autour de sept filières
L’Iguavie a été reconnue, par le ministère de l’Agriculture, interprofession de la viande et de l’élevage en novembre 2006.  Elle est née dans un contexte difficile où toutes les coopératives d’élevage avaient déposé le bilan faute de financement de l’État et d’une bonne gestion. À ce jour, l’Iguavie regroupe sept filières : bovine, porcine, caprine/ovine, avicole (volaille de chair et œuf), cunicole (lapin) et apicole (abeille). Son objectif : structurer ces filières afin de regrouper l’offre de production locale et la commercialiser. L’interprofession compte, à ce jour, une trentaine d’organisations membres regroupant environ 1 500 actifs : éleveurs, provendier (fabricant d’aliment du bétail), transformateurs (abattoirs, ateliers de découpe, charcuterie), distributeurs (grandes et moyennes surfaces) et artisans bouchers. L’Iguavie permet à ces professionnels de se rencontrer et de travailler ensemble en interdépendance. L’interprofession les aide également à se développer, permet aux filières d’accéder aux aides européennes notamment le POSEI (programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité) et assure la promotion des produits.

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Elie Shitalou, une carrière dédiée au développement
Alors qu’il était Directeur de l’EDE (Établissement départemental de l’élevage) à la Chambre d’Agriculture de Guadeloupe depuis 1998, Elie Shitalou impulse la création de l’Iguavie en décembre 2004 en proposant aux responsables professionnels une nouvelle stratégie de développement des filières animales locales. Il occupera la fonction de Secrétaire général pendant dix-sept ans. Une carrière qui s’achève en juin 2023, après un parcours riche et varié qu’il démarre en 1979 en tant qu’étudiant-chercheur à l’INRA. C’est en 1982 qu’il opère un virage en se consacrant au développement du secteur estimant que « le besoin était là ». Il devient animateur du Centre départemental des jeunes agriculteurs (CDJA) pour faire et gagner les élections à la Chambre d’Agriculture avant d’endosser le rôle de Directeur de la coopérative des petits ruminants (la COPELCOG) deux ans plus tard. Il assurera d’autres fonctions de Directeurs de coopératives de production avant de se stabiliser presque dix ans, de 1989 à 1998 en tant qu’ingénieur d’élevage à la chambre d’agriculture.

Alain Bazir, une expertise internationale au service du développement local
Après des études d’agronomie et de valorisation des ressources côtières, Alain Bazir se spécialise en aquaculture. Très tôt, il traverse les frontières, d’abord au Vietnam pour son stage de fin d’études (études des filières aquacoles du Sud Vietnam), ensuite à Boston, aux États-Unis, où il fait son service militaire en tant que conseiller scientifique et enfin au Cambodge au sein d’une fabrique artisanale d’aliments pour poissons et d’une unité de fumage de produits halieutiques. De retour en Guadeloupe en 1998, il prend la direction de la coopérative des planteurs de canne du Nord Basse-Terre (UDCAG). Jusqu’en 2005, il participe à la relance de la production dans cette région qui a atteint plus de 310 000 tonnes. Entre 2005 et 2009, il retourne à Boston en tant que responsable de département de supermarchés Whole Foods Market, certifié bio, avant d’endosser le rôle de Directeur commercial et logistique de Gardel SA au Moule. Il travaille notamment à développer les sucres spéciaux (non raffinés) et à diminuer la production de sucre destiné à être raffiné en Europe. En avril 2023, il est nommé pour reprendre les rênes de l’Iguavie. Un nouveau challenge qu’il relève avec enthousiasme.

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