Dossier spécial Karumag

DOSSIER Evènementiel : Nick Williams, le lynx

Nick Williams, le lynx

Discret, sensuel, doté d’un sourire angélique, Nick Williams semble parfaitement inoffensif jusqu’à ce que sur scène il se campe et déploie une puissance invraisemblable. 

Par Julie Clerc

A la ville, Nick est ce félin dont la finesse perturbe à peine l’air lorsqu’il se déplace. Regard souple, visage ouvert, Nick embrasse le monde avec compassion – il semble avoir compris ce qui échappe à beaucoup. Il avoue, pudique, être coach vocal, pas professeur de chant. Mais il semble évident, alors que pour lier la parole au geste, en pleine interview, il entreprend d’offrir à l’alizé un refrain de Stevie Wonder, que ses cours doivent être hyper efficaces.

Le style crazy des sonorités américaines 

Sur scène, le jeune homme mute, déploie un sourire à la blancheur hypnotique et rend sa liberté à ce corps qui danse même s’il s’en défend. Sauvage, habité, allumé, virtuose, souvent sur l’orbite des sphères mystérieuses du free style, Nick s’envole avec ses musiciens, complices et toujours impeccables. C’est que le chanteur a été formé à la rigueur. Adolescent, il s’est plié aux règles d’une chorale classique :
poser sa voix, chanter « en bâillement » (le son arrondi du lyrique), calmer sa fougue pour respecter la technique, il connaît. Au point qu’il s’échappe de cette figure imposée à peine sa majorité consommée. « On ne peut pas me mettre en cage », lâche le soul man qui navigue sans cesse du français à l’anglais, comme de Pointe-à-Pitre à Paris.
« J’avais envie de groove, de jazz et du crazy des sonorité nord-américaines. Je voulais vibrer ». Las des sons arrondis très « straight » du classique, Nick rêve de belting, cette voix de poitrine qui résonne tant. Manquait la formation.

C’est Gospel Celebration, chorale gospel de référence conduite par Monique Ange Hertin Nebor, qui s’en charge en le recrutant. En parallèle, Nick fait partie d’un quartet, « un groupe de jeunes formé dans un couloir un samedi après-midi », se souvient-il. A coup de tierces et de dissonances, Lightness naît, fleuron local du negro spiritual parfois emprunt de créolité. Lightness tourne beaucoup, en Guadeloupe comme en Martinique. Alléluia. Mais Nick a une obsession : les nouveaux horizons. Exit les chants religieux, le lynx agrandit son territoire. « Je m’affranchis d’une musique qui prône les valeurs chrétiennes pour un son qui génère l’espoir et la joie de vivre », explique-t-il. Avec la Martiniquaise Jessica Dorsey « la perle authentique du gospel francophone » selon Nick, il forme « Gospel Up ». Sa marque de fabrique : un néo gospel soul, R&B, urbain.

Perfection is boring !

Il y a cinq ans, Nick embrasse les sonorités de Stevie Wonder, Aretha Franklin, Amy Winehouse et Alicia Keys pour démarrer une carrière solo dont la foulée s’allonge chaque année. Aux côtés du jeune guitariste Nicolas Attie, il s’essaie aux mini lives acoustiques. L’aventure est concluante, encourageante même. C’est à une jam session, au New Ti Paris (Périnet), que Nick rencontre les musiciens qui l’entourent aujourd’hui. A la guitare ou à la basse, Philippe Mobaye, dit « Chouba », auquel le chanteur voue une con-
fiance sans bornes. A la batterie et au clavier, les talentueux Grégory Bhiki et Gérald Bon. Entre eux, « le feeling avant tout », insiste Nick, la clef de voûte du jouer ensemble. Un liant vertueux qui offre à ces musiciens les horizons infinis de l’improvisation. « Fais-moi un blues », lance Nick. Des phrases tirées d’un poème ou d’un récit, et c’est parti pour un free style dans une tonalité tonique ou smoothie, selon l’humeur du chanteur. Des « mashups », mixes de plusieurs morceaux, peuvent même en naître, en complicité avec les musiciens. « Perfection is boring ! », lance le jeune homme, qui avoue détester les set listes. « Les musiciens donnent leurs chorus, ils s’amusent, c’est une folie de scène par-tagée. »

Si Nick est un artiste chouchou du restaurant le Cosy, à Saint-François, il donne aussi des concerts privés. En 2013, après avoir mené des projets artistiques avec Jocelyne Daril, il fut coach aux côtés de Xenia Caraibe dans le cadre des ateliers chant « Jazz to soul, soul to jazz » de l’Ilojazz. Des compo’ soul, jazzy et groove sont à venir. Avis aux amateurs.

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