Dossier spécial La Réunion Non classé RéuniMag

L’ARS Océan Indien vers toujours plus de démocratie sanitaire

François Maury

L’Agence de Santé Océan Indien (ARS OI), créée en 2010 suite à la loi HPST (Hôpital, patients, santé et territoire), a pour mission de mettre en œuvre la politique de santé à La Réunion et à Mayotte. Offre de soins, veille sanitaire, prévention, santé-environnement, son champ d’action est large et ses compétences multiples. Un dénominateur commun se dégage néanmoins de la politique menée par l’ARS : la concertation et la collaboration avec tous les acteurs de la santé, du patient au médecin.
La démocratie sanitaire est en marche.

Par Benjamin Postaire

« Cette nouvelle manière d’aborder la mise en œuvre de la politique sanitaire d’un territoire est en rupture avec les usages ». François Maury, directeur général de l’ARS OI, ne cache pas son enthousiasme lorsqu’il s’agit d’évoquer les dossiers menés par l’Agence qu’il dirige. Car, outre le fond, c’est aussi la forme qu’il souhaite mettre en avant : « Il y a une véritable évolution sociétale et la politique de santé s’adapte aux attentes des patients, des professionnels et de la population, c’est pourquoi nous prônons aujourd’hui davantage de démocratie sanitaire. »

Cette adaptation est possible grâce au statut même des ARS, introduit par la loi HPST de 2009, qui en font des agences autonomes n’agissant plus sur délégation du préfet. Elles disposent d’une véritable force d’action et d’un puissant pouvoir de décision pour mener la politique de santé d’un territoire. Surtout, cette loi a donné aux Agences Régionales de Santé des compétences élargies. « Avant, la politique de santé était surtout sanitaire et hospitalière, explique François Maury. Il n’y avait pas, par exemple, suffisamment de place réservée à la prévention. C’était une vision plus étroite de la santé. »

De la veille sanitaire à la coopération internationale

Aujourd’hui, l’ARS Océan Indien intervient dans de nombreux domaines. En premier lieu l’offre de soins, sur le plan sanitaire mais aussi médico-social (les services et établissements qui accueillent les personnes handicapées ou les personnes âgées dépendantes), ou encore au travers de la coordination et l’animation des professionnels de santé libéraux (médecins de ville, infirmiers, kinésithérapeutes…). Elle est également responsable de la veille sanitaire, avec une vigilance toute particulière à La Réunion et Mayotte concernées par les maladies vectorielles comme le chikungunya ou la dengue. L’ARS OI agit aussi dans le domaine de la prévention, par exemple pour promouvoir une bonne alimentation, l’exercice physique, ou le renoncement aux addictions.

L’ARS Océan Indien exerce par ailleurs ses compétences dans la santé et l’environnement. A travers la surveillance de la potabilité de l’eau ou de la pollution des eaux de baignade, par exemple, mais également « et on le sait moins », précise François Maury, celle de l’habitat insalubre ou indigne et ce, en collaboration avec le préfet. Enfin, et c’est une spécificité de l’ARS OI, elle a en charge la coopération internationale dans la zone Océan Indien, sur le champ sanitaire, avec notamment la formation de professionnels de santé dans les îles voisines, la participation et l’appui aux programmes de veille sanitaire au sein de la Commission de l’Océan Indien (COI) afin d‘identifier les risques sanitaires dans l’ensemble de la zone ouest de l’Océan Indien, ou encore en s’impliquant dans des projets structurants spécifiques comme le soutien au fonctionnement de deux hôpitaux à Anjouan (Comores).

« On est dans la co-construction, la co-gestion »

Pour mener à bien toutes ces missions, l’ARS Océan Indien collabore activement avec tous les acteurs de la santé. Des conférences thématiques ont été mises en place auxquelles participent élus, professionnels de santé, associations… Les acteurs sont écoutés et les projets délibérés. « Et ça marche », assure François Maury. Ce fonctionnement a, par exemple, permis de mettre en place une nouvelle manière d’agir contre le diabète : la conférence de consensus. Plutôt que de mener des actions individuelles dispersées, les différents acteurs se regroupent, déterminent ensemble des nouvelles actions plus efficientes et s’associent à un même plan d’actions, par exemple sur un même quartier, chacun apportant son intervention dans son champ spécifique mais au même moment et de manière coordonnée.

Autre action d’envergure menée par l’ARS OI en collaboration avec la Préfecture, l’incitation pour les communes à fournir une eau potable toute l’année à leurs administrés : 60% de la population réunionnaise reçoit une eau potentiellement impropre 5 à 15 jours par an. Lancé en 2016, cet ambitieux pari est en passe d’être gagné. Les communes, notamment via l’appui des fonds européens, mettent et mettront en place des usines de potabilisation d’ici 2020.

Cette volonté de concertation autant que de modernisation de l’offre de soins est symbolisée par un projet : OIIS (Océan Indien Innovation Santé). Programme pilote au niveau national, il vise à améliorer l’état de santé et la qualité de vie des patients souffrant de maladies chroniques en s’appuyant sur les nouvelles technologies notamment en facilitant la coordination des parcours de soins. «Avec ce projet, on va plus loin que la concertation, on est dans la co-construction et en partie la co-gestion», explique François Maury. Ce sont en effet les professionnels de santé eux-mêmes qui ont participé à l’élaboration des outils et supports numériques mais également à l’élaboration des nouvelles organisations de l’offre de soins de premier recours.
« Notre rôle est de créer les conditions pour qu’ils puissent s’associer, porter un projet et le mettre en œuvre comme par exemple autour de la plate-forme d’appui aux patients complexes », précise le directeur général. Une mise en œuvre pratique de la politique de santé portée par ces acteurs pour une meilleure prise en charge des patients, le tout encadré par l’ARS Océan Indien. «Nous sommes toujours pleinement dans notre rôle et notre mission mais de manière différente», conclut François Maury.

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