En dépit de résultats probants, les produits issus de la recherche agronomique locale peinent encore à se retrouver dans les linéaires de nos supermarchés. Pourtant, des solutions existent bel et bien. 

Alors que les importations tiennent une place prépondérante dans les produits consommés localement, il existe en Guadeloupe une production agricole traditionnelle qui cherche à se diversifier et à répondre au mieux à l’attente de la population. Ainsi, l’Unité Mixte de Recherche Qualitrop qui regroupe des acteurs (chercheurs et enseignants-chercheurs) et compétences de l’INRA et de l’Université Antilles-Guyane, mène depuis plusieurs années maintenant des travaux sur la qualité des ressources végétales tropicales. Et les résultats de leurs travaux débouchent bien souvent sur des possibilités de valorisations qui sont d’un intérêt non négligeable pour l’économie locale comme pour les consommateurs.

Pourtant, en dépit de potentiels clairement identifiés dans les secteurs de l’agro-transformation, de la cosmétique, ou de la pharmacopée, ces produits issus de la recherche agronomique peinent à se retrouver dans les rayons des grandes surfaces guadeloupéennes. Mais pourquoi au juste ?

 

Pur-jus de banane cherche industriel

L’exemple du pur-jus de banane mis au point par Nathalie Minatchy est le plus criant. Bien qu’un brevet ait été déposé en 2002 en co-propriété entre la chercheuse et l’INRA, toutes les tentatives pour essayer d’implanter une unité industrielle en Guadeloupe sont restées vaines, malgré le soutien de la collectivité régionale. Des partenaires industriels locaux ont bien été contactés mais ils ne se sont pas montrés intéressés. En effet, aucun d’entre eux ne transforme de la matière première agricole, préférant importer des produits semi-finis qu’ils formulent et emballent sur place.
Autre handicaps de poids : le coût de la main d’œuvre trop important, un investissement jugé trop lourd, le manque de reconnaissance de l’innovation agro-alimentaire… Autant de contraintes qui rendent le projet peu attractif pour les banques locales à la recherche de projets avec retour sur investissement rapide.
Pourtant, les solutions existent bel et bien. Pour pouvoir implanter ce projet en Guadeloupe, il faudrait commencer par réduire les coûts de matière grâce à une implication très forte des planteurs de banane, réduire l’investissement industriel en s’associant par exemple avec un industriel œuvrant dans la fabrication de jus, simplifier la ligne de fabrication, mettre en œuvre une capacité d’innovation forte pour diversifier la gamme mais aussi avoir un accès privilégié aux circuits de distribution.
Ainsi, il faudrait que plusieurs acteurs, agricoles, industriels et institutionnels se penchent sur ce projet qui pourrait alors voir le jour sous la forme d’une ligne de démonstration et de recherche pour la vente de la technologie et une production limitée pour le marché intérieur.

 

Kanasao vise l’international

En la matière, l’exemple à suivre se trouve peut-être du côté de la société Kanasao. Installée depuis janvier 2008 sur la commune de Sainte Rose, elle exploite un brevet de l’Inra pour stabiliser le jus de canne frais. Et avec 1 million de litres écoulés par an sur le marché local, la société poursuit son développement et lance un programme d’investissement lourd destiné à multiplier par dix sa capacité de production à l’horizon 2012. Elle prévoit ainsi la construction d’une nouvelle usine dans les trois ans à venir avec pour objectifs de satisfaire les attentes du marché des DOM et de s’ouvrir au marché international.

En dépit des difficultés rencontrées dans le financement des différentes étapes de développement du projet, Kanasao mise donc sur un marché global situé à l’international plus qu’à l’échelle locale, les dirigeants de l’entreprise ayant comme objectif de positionner ce produit plus comme une marque de produits universels que de produits “exotiques”. Et pour réussir cet exercice, ils misent sur le marketing et le développement produit, deux paramètres fondamentaux.