Dossier : Le futur de la mobilité aux Antilles-Guyane

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Julie Clerc

Le transport est un enjeu stratégique dans un modèle économique global où mobilité est synonyme d’échanges dynamiques.

Aérien, routier, maritime ou multimodal, le transport est surtout un secteur d’activité crucial pour nos territoires antillo-guyanais qui déjouent avec panache l’écueil de l’enclavement.

Réactifs aux évolutions du monde, nos modes de déplacements changent de visage. Moins polluants, plus sécurisés et plus rapides, les transports s’adaptent et innovent.

Transports de passagers, transports de marchandises : quelles nouvelles perspectives et quels nouveaux projets pour la mobilité aux Antilles-Guyane ?

C’est notre dossier du mois.

Par Julie Clerc 

Toujours plus loin, toujours plus vite, nous n’avons de cesse de transporter des marchandises, expédier des colis, connecter, rallier de nouvelles destinations, sur nos parcours professionnels, familiaux ou de loisirs.

Bouger est dans notre ADN, atteindre le point B puisque nous sommes un éternel point A, nous, nos mots, nos voix et nos objets.

Un pan entier de l’activité économique s’est mis au diapason de ces besoins quasi-vitaux pour la grande majorité de la population : le domaine du transport.

Alors une chose est sûre : la mobilité aux Antilles-Guyane est un business qui se porte bien. La preuve.


Avion de la Liat, membre du réseau Caribsky

Le transport aérien s’envole et donne le ton

Trafic record enregistré en Guadeloupe en 2017

Plus de deux millions de passagers sont accueillis sur l’aéroport Guadeloupe-Pôle Caraïbes. C’est 5% de plus que l’année précédente !

Des voyageurs qui affluent de Paris surtout, maintiennent ce flot de passagers pressés de découvrir ou redécouvrir nos territoires tropicaux. 

Les liaisons internationales progressent de 9% en Martinique

Idem en Martinique, qui reçoit 1,8 million de passagers en 2017, soit 4,4% de plus qu’en 2016.

Là aussi le secteur aérien, comme portuaire d’ailleurs, poursuit son embellie portée par le tourisme martiniquais à son plus haut niveau.

Quand on sait que la Société Aéroport Martinique Aimé Cesaire et le Comité Martiniquais du Tourisme travaillent à l’« ouverture du ciel de la Martinique au monde » avec pour objectif d’atteindre 2 millions de passagers d’ici 2020, on comprend pourquoi le mouvement a peu de chances de se tarir.

En Guyane, le trafic aéroportuaire a passé la barre des 500 000 passagers en 2016

La mise en place d’aéronefs de grande capacité, l’augmentation des rotations et des tarifs promotionnels ont permis de satisfaire toujours plus de passagers (+ 1,4 % par rapport à 2016).

Même tendance du côté du fret

En 2017, en Guadeloupe, le record de 2011 est pulvérisé : près de 12 000 tonnes de marchandises traitées.

Là encore, l’avenir est prometteur, puisque Région et Société Aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes se sont engagées dans un programme d’investissement sur la période 2017-2022.

L’objectif : renforcer structurellement la piste par deux parkings supplémentaires pour avions gros porteurs.

Pour accompagner cette transformation, les systèmes de gestion logistique et de traitement des données portuaires et aéroportuaires se modernisent également.

L’entreprise guadeloupéenne CEI.BA propose ainsi un guichet unique permettant aux acteurs du fret de réaliser les procédures douanières et logistiques de façon dématérialisée.

L'équipe de Cei.ba, expert logistique en Guadeloupe
L’équipe de CEI.BA, expert guadeloupéen en informatique logistique portuaire

« La version [du Port Community System] déployée en Guadeloupe est sans doute l’une des plus complètes disponible sur le marché. »

Christophe Foucault, directeur de CEI.BA

Perspectives de la mobilité aérienne aux Antilles-Guyane : améliorer les déplacements régionaux

Alors qu’il est toujours difficile en 2019 de voyager dans la Caraïbe et de se rendre d’une île à l’autre, les offres de transport aérien intra-régional se développent de plus en plus.

La compagnie aérienne Air Antilles Express ouvre la danse en lançant Caribsky, un concept de code-share entre les compagnies Air Antilles, Winair et la LIAT.

En Martinique, l’entreprise Caraïbes Hydravion ambitionne de révolutionner le transport de personnes et de marchandises à l’échelle de l’île, en permettant de se rendre dans n’importe quel lieu de l’île en une quinzaine de minutes de vol, à partir de 22 hydro-surfaces.

Il faudra également compter sur Avily, la première compagnie aérienne d’affaire des Antilles qui permettra aux membres de voyager en illimité sur des vols quotidiens entre Saint-Martin, la Guadeloupe et la Martinique; à bord d’avions haut de gamme.


Paquebot de croisière aux Antilles

Prendre le large

L’appel du large est impérieux, les croisiéristes vous le diront. On finit tous par embarquer à bord de l’un de ces paquebots chatoyants pour un séjour ludique et confortable.

Aujourd’hui, les Antilles françaises, premier bassin de croisière mondial, sont les figures de proue d’un terrain de jeu antillais qui a vu passer, en 2017, pas moins de 27 millions de voyageurs en croisière.

Soit presque la moitié des croisiéristes du monde !

Les retombées sont considérables :

  • En Martinique, 2017 est un millésime. La fréquentation de croisiéristes fait un bond de 44,5% par rapport à l’année précédente.
  • En Guadeloupe, c’est 15,7 % de plus de voyageurs qui embarquent.

La croisière fait décoller le tourisme

L’essor du tourisme en général et de la croisière en particulier constitue un nouveau souffle pour ces îles qui ont connu des années difficiles aggravées par la crise économique de 2009.

  • En 2017, la Guadeloupe reçoit plus de 900 000 touristes dont
  • 320 000 croisiéristes.
  • La Martinique, elle, accueille 1,1 million de visiteurs, dont 467 000 excursionnistes.

Preuve que le secteur a le vent en poupe, selon une enquête réalisée au cours des cinq dernières années, près de 99 000 Guadeloupéens et 81 000 Martiniquais auraient embarqué sur un bateau de croisières.

Pour autant, ce sont les Européens (51% des passagers) et les Nord-Américains (45%) qui forment le gros des troupes, friands des offres vol + croisière, véritables produit phare.

L’agence de voyages Penchard Voyages, qui remporte depuis plusieurs années le trophée Over the top pour sa qualité de service, l’a bien compris et propose des formules all-inclusive avec son partenaire croisiériste Costa.

Jean-Michel Penchard de l'agence Penchard Voyages Guadeloupe

Nous avons introduit dans notre stratégie de développement ce mode de vacances incontournable. La croisière allait progressivement se démocratiser et nous devions la porter sur notre marché.

Jean-Michel Penchard

Une bouffée d’air après des années difficiles

Ce nouvel élan est d’autant plus remarquable que la croisière a bu la tasse pendant dix ans.

De la fin de la décennie 1990 au début des années 2010, la fréquentation est divisée par 3 pour la Guadeloupe, par 10 pour la Martinique.

La croisière frôle l’échouage, atteignant son niveau le plus bas en Guadeloupe en 2005 (67 000 visiteurs).

En 2011, seuls 41 000 croisiéristes fréquentent la Martinique.

Les causes de ce puissant rebond

La situation géographique stratégique d’abord, au Nord des Petites Antilles, à proximité du grand foyer émetteur nord-américain, reste un atout fondamental.

Un facteur conjoncturel aussi. Dans le contexte géopolitique actuel, la Martinique et la Guadeloupe sont considérées comme les destinations les plus sûres de la Caraïbe.

En outre, ces deux régions ont échappé aux effets les plus dévastateurs de l’ouragan Irma de septembre 2017.

Destinations-refuges, elles bénéficient du repositionnement des navires de croisière dans la région.

Les Antilles françaises battent ainsi des records historiques de fréquentation en récupérant plusieurs escales prévues notamment à la Dominique et aux Iles Vierges américaines et britanniques.

En 2017, elles accueillent 256 escales – soit 56 de plus – en Martinique, et 230 escales en Guadeloupe, soit 51 supplémentaires.  

Modernisation des offres et équipements de croisière

Les grandes compagnies de croisière surfent sur ce déferlement de croisiéristes en Caraïbe et renforcent leur positionnement, mettant en circulation des navires pouvant transporter jusqu’à 6 000 passagers.

Mise en concurrence des escales et gigantisme des paquebots poussent les acteurs locaux à engager des investissements importants :

La Martinique dispose ainsi d’un terminal croisière en centre-ville, pouvant accueillir deux megaships, deux navires et de deux postes à quai.

  • Le Grand Port Maritime de la Guadeloupe, quant à lui, offre trois quais dédiés à la croisière et deux halls d’accueil dignes des plus grandes aérogares.


Voitures sur la rocade de Fort-de-France

L’automobile, reine de la mobilité aux Antilles-Guyane

Libres, nous voulons être libres. Notre véhicule particulier est inscrit dans notre quotidien comme le prolongement de nous-mêmes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Immatriculations en augmentation

En Guadeloupe, globalement, les immatriculations de véhicules routiers neufs explosent pour la quatrième année consécutive.

En 2017, près de 19 000 véhicules neufs ont été immatriculés, 13,7 % de plus qu’en 2016.

Cette croissance est portée essentiellement par les immatriculations de véhicules particuliers et utilitaires.

La tendance est corroborée par les ventes : entre 2014 et 2017, elles sont dynamiques en Guadeloupe (+ 28 %), en Martinique (+ 27 %), mais aussi en Guyane (+ 13 %). 

Le principal mode de transport domicile-maison

La voiture est réellement reine de nos territoires :

  • En 2014, 69 % des ménages guadeloupéens sont équipés d’au moins une voiture. Ils sont 72 % en Martinique, 59 % en Guyane et 81 % en Hexagone.

  • Aujourd’hui, les actifs qui se rendent au travail en véhicules motorisés sont 81% en Martinique, 85% en Guadeloupe, 72 % en Guyane et 70% dans l’Hexagone !

Des alternatives à l’achat de véhicules

En l’absence d’un réseau de transport en commun dense et développé sur tout le territoire, la location de véhicules (telle que proposée par Bonoccaz ou encore Saint-Pierre Locations récemment devenu Alwego) ou le co-voiturage (proposé par Batché) se développent et seront amenés à véritablement croître dans les années à venir, dans une optique de mobilité aux Antilles-Guyane, toujours automobile, mais davantage partagée.


Caraïbes Hydravion, nouveau mode de transport de la Caraïbe
L’équipe de Caraïbes Hydravion

L’avenir de la mobilité aux Antilles-Guyane sera audacieux

Le transport, défi économique, défi urbain, défi écologique aussi.

Comment concilier le besoin toujours croissant de transporter les hommes et les marchandises, l’urgence de décongestionner nos routes surchargées aux heures de pointe – dans des territoires où la culture de la voiture en solo domine encore – mais aussi l’impératif écologique ?

Des entrepreneurs passionnés s’attaquent à ces problématiques et proposent des solutions pour y répondre :

Transports collectifs, énergies renouvelables, véhicules légers, motorisations économiques, performance logistiqueLes Antilles-Guyane planchent sur le sujet, expérimentent et proposent, soucieuses de concilier emploi et climat.