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Chronique de A : avec ou sans ?

L’impossible équation : ça pourrait être le titre de mon dernier dîner à la maison. Au fur et à mesure que je dressais la liste des invités, celle des recettes possibles se rétrécissait comme peau de chagrin. Je n’ai dû mon salut qu’à une savante recherche croisée sur Internet en sélectionnant les plats qui ne comportaient ni viande, ni gluten, ni produits laitiers. Je croyais avoir trouvé la solution, le facteur X de cette improbable équation, quand je tombais sur un curry de crevettes. Hélas, je réalisais au même moment que Caroline était allergique aux crustacés. Ca se compliquait sérieusement. Il ne me restait alors qu’une porte de sortie (merci la gastro-nomie indienne) : un dahl de lentilles élaboré à base d’un mélange de légumes et de lait de coco. Pour le dessert, sorbets pour tout le monde, histoire d’éviter toutes traces de noisettes et autres fruits à coque ! On ne sait jamais. Je vous rassure, ce soir-là, tous les convives ont apprécié le repas. Le problème, c’est que je sèche complètement pour le prochain menu. Je ne peux décemment pas transformer tous mes dîners en soirée Bollywood !

Un mauvais karma m’aurait-il affublée d’amis particulièrement sensibles ? Quand je vois la place qu’occupent les produits « sans » dans les rayons des grandes surfaces, je me dis qu’on doit être un paquet à avoir les mêmes amis. Vous sentez poindre mon agacement ? Certes. Pas contre mes potes, bien sur ! Mais prenons le cas du gluten. La véritable intolérance à ce composant de la farine de blé notamment, touche 0,5 à 1% de la population française. Autrement dit, le nombre de consommateurs de produits « gluten free » est, a minima, dix fois plus élevé que le nombre d’intolérants. Vous allez me dire, quel mal y’a-t-il à prendre les devants ? Rien, si ce n’est que ces produits contiennent souvent de nombreux additifs chimiques destinés à pallier l’absence de gluten. En outre, ils coûtent jusqu’à 10 fois plus cher !

Le Gluten Free est un tapis de velours pour les géants de l’agro-alimentaire comme l’ont déjà été les boissons light, les yaourts allégés et autres dérivés de beurre sans beurre. Les industriels, tenus habituellement de se creuser la tête pour cerner les attentes des consommateurs et mettre au point de nouveaux produits qui leur permettent de gagner quelques mètres supplémentaires dans les linéaires des supermarchés, n’ont plus qu’à surfer sur la demande. Ils peuvent ainsi décliner une même gamme en version gluten free, sugar free, fat free etc… Le tout au prix fort. Et les clients en redemandent.

La tendance est d’autant plus troublante que les aliments présentés comme des dangers absolus pour la santé, sont parfois réhabilités, quelques années plus tard, par de nouvelles études scientifiques. Devant son assiette, on se demande si l’on est en train de se nourrir ou de s’empoisonner. Mais franchement, ce n’est pas triste tous ces « sans »… ? Vous noterez d’ailleurs que les Américains ont choisi une formule plus attractive en parlant de « free ». Et bien moi je vous propose de faire le pari du « avec » ! Manger avec plaisir, avec joie, avec ses amis… C’est quand même plus appétissant, non ?

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